Enregistré le: 16 Novembre 2009, 14:14 Messages: 3138 Localisation: Région de Bordeaux
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Bonjour les amis, Il est temps maintenant de me livrer à ce plaisant exercice et de vous saluer tous sans omettre mes remerciements à l'équipe de modération et aux administrateurs du forum. J'ai vu beaucoup de jolis bilans pour cette année qui touche à son terme. Voici le mien en vous demandant d'excuser une plume un peu trop prolixe en cette fin d'année. Amitiés et très heureuse année 2014 à vous tous, Patrick Quelle année ! 2013…en quelques mots, en quelques images. Pour moi, cette année a été, si j’en crois le calendrier, d’abord l’année du D4. Un merveilleux outil qui change les perspectives. En Mars, Le Teich fêtait son quarantième anniversaire. Pour recevoir, en Avril, la visite des membres du forum. L’automne fit de cette année 2013, l’année du livre. « Portraits d’oiseaux » est né en octobre. C’est un rêve exaucé, l’aboutissement de bien des choses que nous avons mises en commun avec mon ami Roland, depuis quelques années. Cette année a été par ailleurs étrange. Avec ses joies et ses tristesses, ses espoirs et ses déceptions … comme toutes les années. Des écarts qui ont été accentués, sans conteste. 2013 a rappelé que la nature connaît des cycles, même à court terme. L’an dernier, un froid inhabituel réveillait les souvenirs. Cette année, ce sont de douces températures et la pluie qui ont témoigné de ses caprices. Mais enfin, le gel ou le gris anthracite nous servent à ne pas oublier les choses essentielles. Cette année fut donc belle comme les précédentes. Il ne peut y avoir de vraies joies sans chagrins.JANVIER Après un superbe été indien, habituel en Gironde, 2012 a offert un novembre et un décembre bien ternes, infiniment tristes, malgré des cadeaux tels que la visite des sangliers ou celle des cygnes chanteurs. Heureuses exceptions, générosité du ciel qui s’est renfrogné ensuite. Point de froid ! La douceur et le gris, costume de cieux visiblement fâchés… Un matin de janvier, la nature assoupie a bien voulu présenter des excuses. Sous la forme d’un ciel extraordinairement bleu, dépourvu de nuages dont la douceur du vent accompagnait l’absence si bienvenue. Les plans d’eau s’étaient mués en miroirs et de bien beaux vanneaux s’y miraient. Un oiseau rare, extraordinaire, étonnant, était là pour comble de bonheur. Je ne le quittais pas des yeux quand mon ami, voisin d’affût, me proposa gentiment un sandwich tout en espérant l’arrivée de l’oiseau. Il est là lui dis-je … Mais où ça ? Juste devant nous ! Exceptionnel présent d’un phalarope que nul de nous deux n’oubliera.  FEVRIER C’est le mois qui finit l’hiver et fait songer au printemps. Un mois où les choses basculent. Les jours s’allongent, le vent change de parfum. Il sent l’Est, odeur de migration. Rien de bien extraordinaire. Février, fidèle à sa réputation, a rempli les fossés. Pas de gel ni de neige, quelque fois du soleil. Les oiseaux n’étaient pas si nombreux. Pour entretenir la flamme et l’espoir, le moineau friquet s’est montré exceptionnellement abondant ; le râle d’eau et les grèbes ont offert leur portrait. Un jour pourtant, dans une douce lumière, les spatules et les oies cendrées avait choisi de faire des acrobaties aériennes. L’oie cendrée, nicheuse ici, enchainait les vols en symbolisant joliment la migration. Ce sont elles mes élues pour ce mois de février, un plaisant souvenir, une porte ouverte sur le rêve et un test pour mon nouveau boitier.  MARS Nous entrions dans ce printemps, si attendu, comme toujours. Mars est, pour moi, le temps de la gorge-bleue, du milan noir et des échasses blanches. Echasses et milans étaient au rendez-vous, mais que faisait la gorge-bleue ? 10 mars, 15 mars, 20 mars… Les jours passèrent sans qu’elle manifeste sa présence, mis à part un mâle très timide que le vent semblait dissuader de chanter. Le 18, les trois coups ont retenti au théâtre du Teich : le temps était venu de fêter les 40 ans du parc qui allait enfin prendre le nom de réserve. Il y eu l’exposition collective des abonnés, un joli succès. Puis des conférences dont celle de Pierre Petit, remarquable photographe qui appartient aux pères fondateurs. Il fêtait, lui, ses 80 ans et ce furent de plaisantes retrouvailles avec cet homme avec lequel nous échangions une abondante correspondance quelques décennies plus tôt. L’occasion aussi de mettre des visages sur les pseudos de quelques habitués auxquels je n’avais pas eu encore l’occasion de serrer la main. Une petite lassitude de mon épouse qui me conseillait parfois de louer une maison au Teich, petit rappel à l’ordre discret. Revenons à l’oiseau. Edouard prenait son bain… Et une belle lumière entourait le domaine du milan dont j’ai retenu un envol. L’envol du printemps. AVRIL Rare épisode migratoire ! Un groupe de drôles d’oiseaux s’est posé au Teich à partir du 5. J’allais donc faire la connaissance des membres très actifs du forum, mettre des visages sur les pseudos, partager, peut-être, quelques petits secrets. L’émotion, sans doute…En préparant mon matériel la veille, une petite maladresse a provoqué la chute, apparemment minime, de mon objectif. Ça n’est qu’en arrivant sur place le lendemain que j’ai découvert l’horrible panne qui allait me priver pendant six semaines de mon fidèle outil. Un choc ! Après quelques rayons de soleil, il s’est mis à pleuvoir. Bien sûr, j’ai pu faire la bise à Luna, bavarder quelques instants avec Robert et Dominique, saluer Clément, mais c’était trop pour moi, d’autant plus qu’à la maison la révolte grondait. C’est le souvenir d’une fête gâchée, par ma faute. Pas gâchée pour tout le monde, heureusement, car j’ai vu par la suite vos images. Les coches, les perles. Prouesse après prouesse dans des circonstances aussi peu favorables. Parfois, on s’interroge. La gorge-bleue ne serait-elle sortie que pour leur rendre hommage ? L’ont-ils emportée avec eux ? Et puis comment font-ils ? La bouscarle, le pouillot, jusqu’à la sterne Caugek sans parler, bien entendu, d’un torcol passé depuis à la postérité… Depuis, je me suis acheté plusieurs guides traitant de la photo d’oiseaux et je potasse en espérant des jours meilleurs. Cent fois sur le métier… m’a dit une hirondelle qui a eu pitié de moi. MAI Merops ! Depuis le dernier août, je l’attends. En rêve, j’accompagne ses vols et je le vois, dans sa lointaine Afrique, chasser des insectes plus abondants ; je sais bien qu’il va rénover son plumage et choisir son épouse, un matin, en hiver. Mai… Le premier jour du mois, je ne peux m’empêcher de me rendre sur les lieux. Ils sont déserts, plutôt tristes sans lui. Mais le 5 ! 25 oiseaux ont rejoint leur domaine et virevoltent. La joie est de retour. Pour peu de temps, hélas. Ce mois de mai fût sombre, et surtout le plus froid que nous ayons connu depuis quarante années. Neuf ébauches de terriers entretenaient l’espoir. Mais, jour après jour, l’espoir s’est évanoui. Les rares oiseaux présents dans leur petit domaine ont d’ailleurs l’air bien triste. Comme s’ils savaient. Préscience ou bien conscience ? Des sens aigus surement. Ils se firent de plus en plus rares. Tristes et affamés, ils cherchaient en vain l’insecte qui lui aussi souffre du froid. Une saison sans Merops ? Bien sombre perspective que la suite confirma malheureusement, à quelques nuances près. Qu’ils peuvent nous manquer ces jolis chants d’oiseaux, le bal des guêpiers, leurs belles arabesques ! Lui qui vit en colonie n’était pas gai du tout ainsi que le montraient ses pauvres chants inquiets. Un seul terrier semblait actif… L’échasse, heureusement, fêtait le printemps à sa façon. Avec des nids nombreux et proches, des témoignages rares. Cet oiseau sait chasser le chagrin. A la voir, en l’écoutant, on reprend espoir et on se souvient que le pire n’est jamais sûr. Merci, jolie échasse et rendez-vous en juillet. Car il restait un nid ! JUIN Un cadeau ! Si on la voit en principe abondamment en mars au Teich ou au petit marais, il n’est pas si fréquent de rencontrer la gorge-bleue en juin. Mes amis ne l’avaient donc pas emportée dans leurs bagages… Quelques chants annonçaient une seconde couvée, encore possible mais que je n’ai pas vue. A quelques heures près, j’avais manqué des scènes de nourrissage que j’aurais été si heureux de pouvoir immortaliser… Mais qu’importe ! J’ai vu Monsieur à sa sortie du bain, Madame qui se fait si souvent trop discrète et, surtout, les enfants. Une première ! Un cadeau de Noël en juin ! Les touristes passaient… Trop nombreux, irrespectueux souvent. Je n’ai toujours pas pu assister à un accouplement, ni au bain proprement dit. Impossible encore d’immortaliser ce vol et la descente en parachute… Tant mieux surement car le rêve persiste ainsi. J’ai vu l’enfant. Vif, heureux et si confiant. Amical, sans aucun doute, car comme s’il devinait mes rêves, il a pris cette posture que j’espérais. Faites confiance à l’oiseau car il est, à mes yeux, le seul à fêter Noël au début de l’été. JUILLET Des entrailles de la Terre, venaient de petits cris. Ce furent bientôt des chants, harmonieux, impérieux qui pouvaient être aisément confondus avec les belles notes flutées de leurs parents. Bientôt, de petites têtes, de plus en plus hardies, vinrent à l’extérieur de la falaise de sable. Quelle récompense ! Nous avons passé ainsi plus de 3 heures ensemble sans qu’à aucun moment ces jeunes guêpiers ne montrent jamais la moindre inquiétude. Les parents se faisaient souvent attendre. Fatigués, certainement, ils attendaient visiblement la toute dernière minute pour venir apporter le butin de leur chasse difficile à leur progéniture. Ils avaient, cependant, montré tout leur courage, leur sens de la vie. Une abnégation sans faille qu’on ne peut qu’admirer. Cette image n’a pas tellement de qualités, mais c’est pour moi, la plus belle de l’année, un témoignage de la vie éternelle. Un partage des espoirs les plus grands. Que valent, finalement, 6 à 8 heures passées pour assister à pareil spectacle ? Le prix du bonheur qui, comme chacun le sait, n’en a pas. Le soir venait et je rangeais discrètement mon matériel. Les petits, pourtant très proches avaient repris leurs chants. Un parent vint soudain se poser, pas loin… L’émotion fût telle que, tout en lui parlant, j’ai oublié les arceaux de ma petite tente. Encore une maladresse due à l’émotion. Tant pis pour le distrait ! J’ai salué Merops. En lui souhaitant, bien, sûr, de bien meilleurs printemps. AOUT Tout est sec, le calme est rare. On va dire bonjour aux oiseaux parce qu’ils nous manquent. Sans tellement d’illusions. Seulement dans l’espoir et la fidélité. Le premier visiteur est un courlis blessé. La promenade commence mal. La chasse est ouverte, bien trop tôt. L’horizon reste vide. Le temps est long. Mais un chevalier gambette a décidé de venir prendre son bain. Tout proche, il réveille le moral, la passion. Rien ne se passe plus. On patiente, par habitude. L’improbable, l’impossible ne seront pas pour demain. Lui, plus amateur de prairies et d’eau douces que de salicornes et d’eau salée s’est posé subitement là où il ne vient jamais. L’avrillot est là, en plein mois d’août. Il s’est posé comme une feuille en automne. Rapidement, sans bruit, et avec élégance. Il est là, assez proche, et en plus il chante. Son genre de hennissement rappelle le cheval qu’on voit parfois au mois d’avril courir dans le marais avec ses copains, libre et sauvage. Sauvage et libre, tel est l’oiseau. Vite il reprend son vol. Mais on pense à haute voix « Merci l’oiseau ». Séduit par l’endroit, il prolongera d’ailleurs assez longtemps son séjour. SEPTEMBRE On attend l’été indien. Il est coutumier, habituel en ce Sud-Ouest accueillant. Il semble un peu timide, réservé cette année, mais nous dispense tout de même quelques belles lumières d’un été finissant. Fidèle à la mer, je file vers les affûts 11 et 12 pour ceux qui connaissent l’endroit. D’autres restent au 20, dans l’espoir, qui ne fût pas déçu, des visites du Martin Pêcheur. Les plans d’eaux restent vides et la patience n’y peut mais. Le ciel aussi, avec toutefois de très jolis passages du Faucon Hobereau (Hobi pour les intimes) à la chasse des libellules. Il est élégant, somptueux, si rapide. Trop rapide pour moi qui n’ai pas le talent et les réflexes d’autres de ce forum. Je me contenterai donc de souvenirs admiratifs. C’est le corbeau de nuit que je voudrai revoir à la fin de la journée. Un vieux copain. Retour au 20, synonyme d’entrée ou bien de sortie selon l’heure qu’il fait. J’y fais la connaissance d’un ami des oiseaux, avec lequel nous parlons des oiseaux et aussi de l’Islande dont il a rapporté de biens jolis souvenirs et de superbes clichés. Je ne sais pas encore qu’il deviendra mon ami. Lui aussi cherche à saisir (et je verrai ensuite que ce n’est pas sans succès) les vols des bihoreaux qui se promènent souvent à cet endroit. Un adulte prend son bain… La lumière est trop forte et des herbes nous gênent. Mais il est bien élevé et prévient. Je vais m’envoler les amis. L’excès de lumière permet d’obtenir, après un petit traitement ce qu’il me plait d’appeler « Vol de nuit ». Belle journée que celle-ci. Je suis rentré avec une image et un nouvel ami. Merci l’été indien. OCTOBRE C’est souvent au mois de juin qu’on la rencontre. Il me reste en mémoire cette année pendant laquelle j’avais pu voir de très près, dans le fond du Médoc, la vie de sa famille, et les premières pêches de ses enfants. Cette année, je l’ai croisée souvent. Lointaine ou fugace, souvent, vers le milieu de l’automne elle a bien voulu s’approcher, une fin d’après-midi. Histoire de la chance pour moi. J’étais à peine entré dans un observatoire qu’elle s’est posée à quelques petits mètres, l’air heureux. Compensation offerte à des heures vaines. Martine en octobre ! Une première pour moi. NOVEMBRE Comme depuis des semaines, les oiseaux étaient rares. Comble des combles pour le photographe, il n’y avait, encore, ni oiseaux, ni lumière. Mais les uns, comme l’autre font parfois des exceptions. Lors d’une sortie improbable, la cisticole des joncs s’est approchée de moi. C’est un des emblèmes du marais. Certes, son costume est plutôt sobre. Mais en le regardant de près, on lui trouve une grande élégance avec ses variations de bruns et de roux, joliment ponctuées de noir. Ce tout petit passereau compense sa faible taille par l’intensité de son chant et celle de ses mouvements. Elle ne tient guère en place et s’en va vite, rasant le sol, pour rejoindre une touffe de joncs au milieu de laquelle elle disparaît. Mais ce jour-là était un jour de chance. Curieux, l’oiseau avait son temps. Le temps d’une image, le temps d’un beau souvenir. DECEMBRE L’année s’achève avec lui, et cette rétrospective aussi. Que choisir pour terminer ce plaisant exercice. Décembre, mois des cadeaux, a été généreux. Le hérisson, bien entendu, mais aussi l’avocette, le troglodyte mignon, si bien nommé, l’accenteur, l’aigrette et ses envols. La toilette de la bécassine, évidemment. Mais on ne peut pas savoir ce que l’avenir nous réserve. Le jour d’avant Noël est celui que Robin choisit pour faire ses cadeaux les plus beaux. Une image, parmi tant d’autres… Mais infiniment plus. Lui qui est souvent mon compagnon, qui fait preuve de confiance, a mis les petits plats dans les grands, et les cadeaux dans les souliers. Son comportement extraordinaire dépasse de loin les petits contes que j’ai pu vous proposer. C’est l’oiseau qui écrit. Il dit la vérité. Comme à son habitude, perché à 20 mètres, il s’envole et me rejoint quand il me voit assis sur le banc. Il se pose dans les buissons, approche et … Serais-je donc en plein rêve ? A de petits mouvements sur sa gorge, je comprends qu’il me parle. Je lui réponds et il vient se poser sur le banc à quelques centimètres. C’est une longue et étrange conversation. Qu’un promeneur survienne. Aussitôt il s’enfuit et se cache aux pieds du houx. J’attends qu’il s’éloigne car je connais mon ami. Deux minutes à peine après son départ, le voici de retour. Comme s’il ne voulait parler qu’à moi. A plusieurs reprises, la même scène se reproduit. Mais aujourd’hui Noël est proche et il change quelques-unes de ses habitudes. Au lieu de se poser sur des buissons à l’arrière-plan encombré, et un peu ombragés, il en choisit d’autres, éclairés et bien plus dégagés. Mieux encore, il prend la pause. Lorsque je lui dis « Robin, s’il te plait ne bouge plus », il reste en place. Incroyable, extraordinaire, mais heureusement vrai. C’est lui qui va écrire mes contes à présent. Ah je comprends enfin pourquoi ses pairs l’ont élu Président.
_________________ Qui se rend au pays de l'oiseau y découvre la sagesse, le courage, la beauté et le rêve.
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